Le 15 janvier 2026, S.E.M. DONG Guangli, Ambassadeur de Chine en Algérie, a accordé une interview à la presse officielle algérienne en langue française El Moudjahid. Il a mis l’accent sur l’interprétation des idées fondamentales et de la signification majeure du cinquième volume de “ Xi Jinping: La Gouvernance de la Chine”, a présenté de manière détaillée l’origine et l’évolution de la question de Taiwan, a expliqué les bénéfices pour l’Afrique de la politique des droits de douane zéro, ainsi que l’Initiative pour la gouvernance mondiale et l’Organisation mondiale de coopération en matière d’intelligence artificielle, a présenté les résultats de la coopération pragmatique sino-algérienne dans les domaines économique et commercial ainsi que des échanges humains et culturels, et a également exposé la position ferme de la Chine sur les agissements erronés de certains pays concernant la question de Taiwan. L’entretien a été publié le 20 janvier 2026 dans ce journal. En voici la transcription intégrale :
El Moudjahid : Comment la Chine a-t-elle réussi, en quelques décennies seulement, à devenir la deuxième économie mondiale ? Quel est le secret de cette réussite ?
Ambassadeur Dong Guangli : Le secret de la réussite de la Chine réside dans le fait qu’elle a poursuivi et développé le socialisme à la chinoise, tout en explorant de manière indépendante sa propre voie de modernisation. À cet égard, je tiens à vous mentionner l’ouvrage intitulé Xi Jinping : La Gouvernance de la Chine, qui compte aujourd’hui cinq volumes présente la réflexion des autorités chinoises sur la gouvernance de l’État. Il s’attache notamment à expliquer comment la Chine en tant que grand pays en développement, entend promouvoir sa modernisation en tenant compte de ses réalités nationales et des évolutions de son époque. La Chine et l’Algérie sont deux pays qui ont traversé des épreuves historiques pour conquérir leur indépendance, et œuvrent aujourd’hui avec ardeur à la réalisation de leur modernisation. Le succès de la modernisation à la chinoise prouve que la modernisation ne signifie pas l’occidentalisation. Si la Chine a pu réussir, l’Algérie le peut tout autant. La Chine est disposée à renforcer les échanges et l’inspiration mutuelle avec l’Algérie en matière d’expérience de gouvernance, et à avancer main dans la main avec nos amis algériens sur la voie de la modernisation.
El Moudjahid : Comment évaluez-vous le niveau actuel des échanges économiques et commerciaux entre l’Algérie et la Chine ?
Ambassadeur Dong Guangli : Les échanges économiques et commerciaux constituent une composante essentielle des relations amicales sino-algériennes. Actuellement, ces échanges ne cessent de s’approfondir et la liste de nos coopérations pragmatiques s’enrichit continuellement. La Chine demeure depuis longtemps le premier fournisseur de l’Algérie. Le volume commercial total des 11 premiers mois de 2025 a déjà dépassé celui de toute l’année 2024. Plus précisément, les importations chinoises en provenance de l’Algérie ont atteint 1,19 milliard de dollars, soit une augmentation de 57,1% en glissement annuel, tandis que les exportations chinoises vers l’Algérie se sont élevées à 12,28 milliards de dollars, en hausse de 17% en glissement annuel.
Selon les statistiques incomplètes de l’Ambassade, les investissements chinois en Algérie avoisinent près de 7 milliards de dollars, un chiffre qui continue de s’accroître. À l’avenir, la Chine est prête à renforcer davantage l’association et la synergie entre l’Initiative la Ceinture et la Route et la Vision de la Nouvelle Algérie. En tenant pleinement compte des préoccupations et des attentes du peuple algérien, et en nous conformant à l’orientation stratégique de l’industrialisation et de la diversification économique de l’Algérie, nous œuvrerons à porter nos échanges commerciaux vers de nouveaux succès. Ainsi, nous souhaitons faire de notre partenariat un modèle exemplaire de coopération entre la Chine et les pays africains ainsi que les autres pays en développement.
El Moudjahid : Quels sont les secteurs économiques algériens dans lesquels les entreprises chinoises investissent le plus, et quels projets structurants sont concrètement prévus à moyen et long termes pour approfondir cette coopération ?
Ambassadeur Dong Guangli : L’intérêt des entreprises chinoises pour l’investissement en Algérie ne cesse de s’amplifier. Au-delà des domaines traditionnels de coopération tels que les infrastructures, le commerce et l’énergie, leur présence s’étend de plus en plus à des secteurs émergents comme les énergies renouvelables, les technologies numériques, l’agriculture moderne et l’intelligence artificielle. À titre d’exemple, l’Algérie bénéficie de plus de 3.000 heures d’ensoleillement par an, ce qui lui confère des conditions particulièrement favorables au développement de l’énergie photovoltaïque qui constitue ainsi l’un des axes de coopération envisagé par les sociétés chinoises. Dans le secteur automobile, plusieurs constructeurs chinois ont conclu des accords de production en coopération avec des entreprises algériennes, et prévoient de fabriquer des véhicules localement en Algérie.
Ces projets contribueront non seulement à la création d’un grand nombre d’emplois et à l’augmentation des recettes fiscales du pays, mais aussi à faire de l’Algérie un pôle régional de production et de chaîne d’approvisionnement dans l’industrie automobile. Dans le domaine minier, les entreprises chinoises manifestent un vif intérêt pour des projets tels que la mine de fer de Gara Djebilet et mènent actuellement des études approfondies en coopération avec leurs partenaires algériens.
El Moudjahid : Les exportations de produits algériens vers la Chine demeurent encore modestes. Selon vous, quels sont les principaux facteurs expliquant cette situation, et quelles pistes pourraient être explorées pour y remédier ?
Ambassadeur Dong Guangli : Le commerce bilatéral sino-algérien est étroitement lié aux structures économiques et industrielles des deux parties, ainsi qu’au stade de leur coopération. La Chine fait preuve d’une volonté sincère d’importer davantage de produits algériens et poursuit clairement l’objectif de partager avec l’Algérie les opportunités offertes par son développement. La politique chinoise de tarif douanier zéro à l’égard des pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine constitue l’une des mesures pragmatiques importantes visant à aider les pays africains, y compris l’Algérie, à accroître leurs exportations vers la Chine. Cette politique permettra non seulement de créer des conditions plus favorables à l’accès des produits africains au marché chinois, mais aussi de soutenir les pays concernés dans le développement de leurs industries et la diversification de leurs exportations.
À l’heure actuelle, nous œuvrons activement à faire avancer les processus de coopération concernés, afin que les retombées positives de cette politique puissent bénéficier le plus tôt possible aux entreprises et à la population algériennes.
Dans le même temps, la partie chinoise est disposée à travailler de concert avec la partie algérienne pour étudier des arrangements de coopération plus pragmatiques et concrets autour des catégories spécifiques de produits, notamment les produits agricoles. Nous sommes convaincus qu’avec le perfectionnement continu des mécanismes de coopération bilatérale, la bonne dynamique des échanges économiques et commerciaux sino-algériens sera davantage consolidée.
El Moudjahid : Quelles coopérations concrètes existent aujourd’hui entre la Chine et l’Algérie dans le domaine de l’économie numérique et quelles en sont les perspectives ?
Ambassadeur Dong Guangli : La coopération sino-algérienne dans le domaine de l’économie numérique présente un fort potentiel et de vastes perspectives. En mai 2024, un mémorandum d’entente dans le domaine de la numérisation et de l’économie numérique a été signé entre le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information et le Haut-Commissariat algérien à la numérisation. Récemment, le Centre national des prestations numériques, projet emblématique de coopération sino-algérienne, est entré dans sa phase finale. Une fois mis en service, ce projet jettera des bases plus solides pour l’approfondissement de la coopération bilatérale dans le domaine numérique.
Par ailleurs, l’intelligence artificielle constitue un autre pilier majeur de la coopération. En juin 2025, un mémorandum d’entente sur la mise en œuvre conjointe du programme de coopération en matière de science, de technologie et d’innovation dans le domaine de l’IA a été signé entre le ministère chinois des Sciences et Technologies et le ministère algérien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Les deux parties sont en train d’oeuvrer en étroite coordination à la construction conjointe d’un laboratoire dédié à l’intelligence artificielle. La Chine apprécie les perspectives de développement de l’IA en Algérie et considère l’Algérie comme un partenaire majeur de coopération dans ce domaine.
En juillet 2025, la partie chinoise a proposé la création de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’IA (World Artificial Intelligence Cooperation Organization, WAICO), visant à approfondir la coopération en matière d’innovation, libérer les dividendes de l’intelligence, promouvoir le développement inclusif, combler le fossé numérique, renforcer la gouvernance concertée et à garantir le bon usage de l’IA.
El Moudjahid : La Chine a lancé l’initiative «La Ceinture et la Route» comme cadre structurant de coopération internationale. Comment l’Algérie peut-elle s’insérer davantage dans cette stratégie?
Ambassadeur Dong Guangli : L’Algérie est un pays pivot stratégique dans le cadre de la construction conjointe de l’initiative «la Ceinture et la Route». La Chine et l’Algérie, s’appuyant sur la coopération gagnant-gagnant et le renforcement de la coordination stratégique, ont enregistré des résultats fructueux. Des projets emblématiques, tels que la Grande Mosquée d’Alger, le Centre international de conférences (CIC) et le stade Nelson-Mandela, ont été réalisés et mis en service. Les réseaux d’interconnexion, notamment l’autoroute Est-Ouest et la ligne ferroviaire minière de l’Ouest, continuent de se perfectionner. Les investissements dans des secteurs émergents tels que l’automobile, l’électroménager et la mécanique progressent de manière stable.
L’ensemble de ces avancées contribue au développement économique et social de l’Algérie et à l’amélioration du bien-être du peuple algérien. La Chine est disposée à renforcer l’association entre l’initiative «la Ceinture et la Route» et la vision de la «Nouvelle Algérie», à œuvrer conjointement à la construction de chaînes industrielles et d’approvisionnement tournées vers l’avenir, ainsi qu’à explorer avec la partie algérienne l’approfondissement de la coopération financière, notamment en matière de swap de devises, d’élargissement de l’utilisation du renminbi (monnaie chinoise) et d’optimisation des règlements transfrontaliers, afin d’élargir sans cesse un développement gagnant-gagnant de plus haut niveau, plus résilient et plus durable.
El Moudjahid : Quelle coopération la Chine et l’Algérie peuvent-elles mettre en place pour améliorer la gouvernance mondiale ?
Ambassadeur Dong Guangli : Actuellement, le monde est entré dans une nouvelle période de turbulences et de transformations. L’Organisation des Nations unies et le multilatéralisme sont mis à l’épreuve. La Chine et l’Algérie, forces importantes du Sud global, partagent une histoire révolutionnaire de lutte contre le colonialisme et un esprit national d’indépendance et d’autonomie. Les deux pays disposent d’un consensus stratégique et d’une convergence d’actions dans la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable. Ils possèdent également des bases solides de coopération et partagent de vastes intérêts communs en ce qui concerne la sauvegarde de l’équité et de la justice internationales et le perfectionnement de la gouvernance mondiale. En septembre 2025, lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, le président Xi Jinping a proposé l’Initiative pour la gouvernance mondiale, qui a reçu un large accueil de la part de la communauté internationale.
La Chine a ensuite créé le Groupe des amis de la gouvernance mondiale qui compte à ce jour 43 États membres fondateurs. Le Groupe est ouvert à l’ensemble des États membres des Nations unies. A l’étape suivante, la Chine est disposée à travailler avec l’Algérie pour progresser sans relâche vers la construction de la communauté d’avenir partagé pour l’humanité, à travers la mise en œuvre conjointe de l’Initiative pour la gouvernance mondiale.
El Moudjahid : La Chine a instauré la Journée commémorative de la récupération de Taiwan l’année dernière. Pourriez-vous nous en dire plus sur les circonstances qui ont mené à cette décision ?
Ambassadeur Dong Guangli : Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois depuis l’Antiquité. La Déclaration du Caire, publiée par la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni en décembre 1943, exigeait explicitement que le Japon restitue tous les territoires aux Chinois, y compris Taiwan, après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La Déclaration de Potsdam, signée conjointement par la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni en juillet 1945, rejointe ultérieurement par l’Union soviétique, stipulait dans son article 8 que les termes de la Déclaration du Caire devaient être appliqués. Le 15 août 1945, après la défaite du Japon dans la guerre, l’empereur japonais s’est engagé à appliquer de bonne foi les dispositions de la Déclaration de Potsdam. Le 25 octobre, le gouvernement chinois a annoncé qu’il reprendrait l’exercice de sa souveraineté sur Taiwan et organiserait à Taipei une cérémonie. En 1949, le gouvernement populaire central de la République populaire de Chine a remplacé le gouvernement de la République de Chine, devenant ainsi le seul gouvernement légal représentant l’ensemble de la Chine, et a donc naturellement exercé sa souveraineté sur l’ensemble du territoire chinois, y compris Taiwan.
La déclaration conjointe sino-japonaise de 1972 stipulait que le gouvernement japonais reconnaissait le gouvernement de la République populaire de Chine comme le seul gouvernement légal représentant l’ensemble de la Chine et comprenait et respectait pleinement la position du gouvernement chinois selon laquelle Taiwan faisait partie intégrante du territoire de la République populaire de Chine. Le traité de paix et d’amitié entre la Chine et le Japon de 1978 a confirmé que les principes énoncés dans la déclaration conjointe sino-japonaise de 1972 devaient être strictement respectés. Ces faits irréfutables prouvent, tant sur le plan politique que juridique, que Taiwan fait partie de la Chine et que le statut de Taiwan a été «affirmé de manière irréversible» à sept reprises.
Récemment, on a gravement porté atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriales de la Chine, en violation des engagements pris et en perturbant sérieusement la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan. Rechercher l’«indépendance de Taiwan» revient à diviser le territoire chinois, et soutenir l’«indépendance de Taiwan» revient à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine. De telles tentatives violent à la fois la Constitution chinoise et le droit international.
Toutes les parties qui se soucient véritablement de la situation dans le détroit de Taiwan voient clairement que la véritable menace pour la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan réside dans les activités sécessionnistes des autorités de Lai Ching-te et dans les ingérences extérieures. La soi-disant «aide en réponse à la menace» à Taiwan ne fera qu’encourager les forces sécessionnistes visant l’«indépendance de Taiwan», mettre la population Taiwanaise dans une «poudrière». L’année 2025 marque le 80e anniversaire de la récupération de Taiwan. L’inauguration de la Journée de commémoration de la récupération de Taiwan témoigne de la position ferme du gouvernement et du peuple chinois à adhérer au principe d’une seule Chine et à protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriales.
El Moudjahid : Quelle est la perspective des échanges culturels pour l’année 2026 ?
Ambassadeur Dong Guangli : L’année 2026 marque l’année sino-africaine des échanges humains et culturels. De nombreux événements prestigieux seront organisés entre la Chine et l’Algérie dans ce cadre. Les 28 et 29 janvier, la troupe artistique de la province du Gansu de Chine invitée par notre ambassade présentera un spectacle spécial intitulé «La Chine et l’Algérie : une même famille pour célébrer ensemble le Nouvel An» à l’Opéra d’Alger. Nous organiserons d’autres activités culturelles, notamment le premier Colloque académique international sur les dialogues et échanges entre les civilisations de la Chine et des pays arabes en Afrique ainsi que la première édition du Concours de poésie chinoise «Coupe de l’Ambassadeur - Nihao China».
Je tiens ici à exprimer mes remerciements particuliers à l’équipe médicale chinoise en Algérie pour sa contribution exceptionnelle à l’amitié sino-algérienne. L’équipe médicale chinoise en Algérie est la toute première équipe médicale envoyée par la Chine à l’étranger, et elle demeure à ce jour la plus importante en termes d’échelle et d’effectifs cumulés.
Depuis 63 ans, les membres de l’équipe gardent toujours à l’esprit l’enseignement du Premier ministre Zhou Enlai : «Traiter la santé du peuple algérien comme celle du peuple chinois.»
Fin 2025, la 28e équipe médicale chinoise a terminé son mandat, et le ministère de la Santé de l’Algérie a organisé une cérémonie d’adieu pour les honorer. Actuellement, les membres précurseurs de la 29e équipe sont déjà arrivés. Ils travailleront à côté du personnel médical algérien, perpétueront l’esprit de dévouement désintéressé de l’aide médicale à l’étranger et continueront de contribuer à l’amitié sino-algérienne.