Interview de S.E.M. Lu Shaye Ambassadeur de Chine en France par des médias de langue chinoise en France
2019/08/14
 

1. Q : Cette année marque le 55ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. La visite du Président chinois Xi Jinping en France en mars dernier a enregistré des résultats abondants. Les deux dirigeants ont décidé conjointement, de partir d’un nouveau point de départ historique, pour renforcer, stabiliser et dynamiser leur partenariat global stratégique. En tant que nouvel Ambassadeur de Chine en France, comment positionnez-vous les relations sino-françaises actuelles et maintenant que vous êtes en poste, à quoi allez-vous vous atteler en premier ? Quelles sont vos priorités ?

R : C’est à nos deux dirigeants qu’il revient de positionner les relations bilatérales. Au mois de mars dernier, le Président Xi a effectué une très belle visite en France où il a reçu un accueil exceptionnel de la part du Président Macron et du gouvernement français. Les deux dirigeants ont largement évoqué les grands dossiers bilatéraux et internationaux, faisant apparaître de larges convergences de vues, portant ainsi à un niveau encore supérieur les relations sino-françaises. On peut dire que ces relations, depuis le départ, s’inscrivent dans une excellente tradition puisque nos deux Chefs d’État leur ont toujours conféré un caractère stratégique, global et pionnier, ce qui me semble extrêmement pertinent et traduit parfaitement leur physionomie actuelle.

Stratégique, car nos relations sont basées sur nos intérêts à long terme et sur une vision stratégique. Rien à voir avec un opportunisme de court-terme. Sous la présidence du général de Gaulle, l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France a démontré la clairvoyance et la vision stratégique de nos deux dirigeants. Depuis des décennies, tant pour l’évolution de nos relations bilatérales que pour le traitement des grands dossiers internationaux, nos deux pays, d’une manière générale, ont su maintenir cette vision stratégique, même s’il faut reconnaître que nos relations ont également traversé quelques turbulences. Tant que les deux pays restent dans cette perspective stratégique, la relation se développe sans heurts. En revanche, si pour une raison quelconque, cette vision est momentanément affaiblie, la qualité de la relation s’en ressent. Voilà pourquoi notre relation bilatérale doit absolument conserver ce caractère particulier.

Global, car nos deux pays étant deux grandes puissances, membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, nos relations dépassent le cadre strictement bilatéral. Il est capital, tant pour la paix et la stabilité mondiales que pour le développement et la coopération internationaux, que nos deux pays s’entendent bien. Surtout à une époque où le protectionnisme et l'unilatéralisme relèvent la tête et gagnent du terrain, il est particulièrement important que la Chine et la France brandissent l’étendard du multilatéralisme et défendent ensemble le système international centré sur l’ONU et l’ordre mondial fondé sur le droit international et les normes régissant les relations internationales.

Enfin, pionnier, car en phase avec leur temps. Que ce soit aujourd’hui ou il y a 55 ans, nos relations ont toujours reposé sur les principes de respect mutuel et d’égalité de traitement. Mais en même temps, les époques évoluent et notre monde se trouve aujourd’hui confronté à des bouleversements exceptionnels jamais connus depuis un siècle, plaçant notre relation bilatérale face à de nouvelles tâches et missions historiques. Ainsi, dans le contexte de cette nouvelle ère, nos deux pays, dans la définition de leur avenir commun, doivent mieux s’adapter aux grandes tendances pour œuvrer au bien-être de nos peuples et mieux contribuer à la paix et au développement dans le monde. Nommé Ambassadeur en France, je me sens très honoré, mais je ressens aussi tout le poids de ma responsabilité. Aujourd’hui, les relations sino-françaises sont excellentes, ce qui me met encore plus sous pression car je dois tout faire pour qu’elles aillent encore mieux, et surtout pas le contraire. Mon souhait est de pouvoir travailler la main dans la main avec la France au bon développement de notre relation, dans toutes ses composantes, et de transformer la haute qualité du lien qu’ont su tisser nos dirigeants, en résultats tangibles et en perspectives encore meilleures.

Dans ce but, je compte travailler activement avec l’ensemble de la société : instances gouvernementales, entreprises, médias, monde académique, de la culture, de l’enseignement, mais aussi établir des liens avec nos compatriotes d'outre-mer, expliquer à tous ce qu’est la Chine, faire entendre la voix chinoiseet permettre aux Français de mieux connaître le vrai visage d’un pays moderne, enthousiaste, prospère et heureux. Dans le même temps, je poursuivrai l’exploration du potentiel de coopération sino-français, en recherchant les voies de son élargissement.

2. Q : Lors de sa rencontre avec le Président Macron au Sommet du G20 à Osaka, le Président Xi Jinping a déclaré que le monde faisait face à des bouleversements historiques exceptionnels. Face aux défis communs tels que le protectionnisme, l’unilatéralisme ou le changement climatique, comment la Chine et la France peuvent-elles œuvrer ensemble pour peser sur la scène internationale ? La France est un membre important de l'UE, et vous venez juste d’y prendre vos fonctions, quelles sont vos attentes pour l’avenir des relations sino-françaises et sino-européennes ?

R : En tant que grandes puissances mondiales et membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, la Chine et la France assument une responsabilité majeure en matière de préservation de la paix et de promotion du développement dans le monde. Certes, l’époque est un peu chaotique. Les facteurs d’instabilité augmentent et le protectionnisme, l’unilatéralisme et l’anti-mondialisme relèvent la tête. Cela ne va ni dans le sens de l’intérêt commun de l’humanité, ni dans le sens de l’Histoire. Dans un tel contexte, nos deux pays devraient pouvoir se dresser et insuffler une énergie positive, capable de contrebalancer les effets négatifs produits par l'unilatéralisme et le protectionnisme dont usent certains pays sur la scène internationale.

La Chine et la France doivent renforcer leur coopération dans les affaires internationales. Tout d’abord, pour défendre l’autorité et le rôle central de l’Organisation des Nations Unies. A aucun moment, en matière de relations internationales, il ne saurait être question de s’affranchir des règles des Nations Unies pour recourir à l’arbitraire ou agir à sa guise. La Chine et la France doivent aussi protéger ensemble le système commercial multilatéral fondé autour de l’Organisation Mondiale du Commerce. Comme on dit : « On ne fait pas de carré sans équerre et pas de rond sans compas. » Il n’y a pas d’ordre sans règle. La Chine soutient la réforme de l'OMC qui, à de nombreux égards, n’est plus adaptée à notre époque et aurait besoin d’être remodelée. Naturellement, l'objectif premier de cette réforme est d'améliorer son fonctionnement tout en maintenant le traitement spécial et différencié dont jouissent les pays en développement. Autre exemple, le changement climatique, qui représente un problème majeur pour l’humanité toute entière et pour lequel nos deux pays peuvent jouer, dans ce domaine, un rôle moteur et même inspirant pour certains pays, dont certaines grandes puissances. Par ailleurs, nous avons aussi un grand potentiel en matière d’aide au développement et de coopération. Nos deux dirigeants encouragent la coopération sino-française en marchés tiers pour aider les pays en développement, notamment à améliorer leurs infrastructures et leurs projets de construction. À cet égard, la Chine a beaucoup d’expériences et de résultats à partager avec la France qui opère depuis longtemps dans ces pays et dispose d’atouts uniques. Par conséquent, Chinois et Français peuvent s’inspirer les uns des autres dans leurs méthodes et dans leurs pratiques. Les succès sino-français remportés en pays tiers seront inspirants pour les autres pays et contribueront aussi à la construction collective des Nouvelles Routes de la Soie.

La France est non seulement une puissance mondiale, mais aussi l'un des chefs de file et l’un des moteurs de l'UE pour qui le Président Macron veut plus de dynamisme, de réformes et de solidarité. La Chine souhaite voir une UE unie, solidaire et prospère. La Chine, comme l’UE, défend un monde multipolaire dont l’Europe représente un pôle important. Aujourd’hui, sans le développement de l’UE, il n’y aurait pas de monde multipolaire. C’est pourquoi, la Chine souhaite une UE unie et soutient son développement. Je vous assure que ce n’est pas une jolie formule diplomatique. Je le pense vraiment. Parallèlement, nous sommes attachés à l’indépendance de l’UE, tant pour ses analyses que pour ses prises de positions, pour qu’elle puisse agir de façon constructive au service de la paix et du développement dans le monde. C’est pourquoi la Chine est disposée à collaborer avec les pays de l'UE, dont la France, pour densifier ensemble la relation sino-européenne. Nous sommes prêts à contribuer au développement de l’UE. Par exemple, en travaillant avec des pays d’Europe centrale et orientale, légèrement en retard au sein de l’UE. La Chine ne cherche pas à déconstruire ou affaiblir l’UE mais, bien au contraire, à la renforcer. Notre intention, comme nous le faisons en Afrique, est d’aider les autres à se développer, pour ensuite dynamiser notre propre développement. « S’aider soi-même en aidant les autres. Réussir en aidant à réussir ». Voilà notre motivation première avec cette partie de l’Europe. J’espère que cela n’inquiètera pas trop les grands pays européens de nous voir travailler avec d’autres membres de l’Union. Et d’ailleurs, pourquoi ne pas coopérer ensemble sur la zone ? En effet, cette coopération entre la Chine et l’Europe centrale et orientale porte sur des grands projets d'infrastructures qui, une fois achevés, bénéficieront non seulement aux pays concernés et à la Chine, mais aussi à d'autres pays européens, en leur facilitant l’accès aux marchés d’Europe de l’Est et centrale, pour le bénéfice de tous. L’Europe centrale et orientale est un maillon important pour les Nouvelles routes de la soie, pour construire un corridor euro-asiatique, notamment grâce au train de fret sino-européen, permettant de relier les deux extrémités du continent euro-asiatique et notamment la Chine avec les pays européens développés comme la France et l’Allemagne, pour relier le Pacifique à l’Atlantique, pour encourager la mondialisation et transformer la morne plaine du développement en paysage de montagnes. Voici pourquoi les perspectives de coopération sino-européennes sont si prometteuses.

3. Q : La construction des Nouvelles routes de la soie par la communauté internationale est maintenant entrée dans une nouvelle phase. Chinois et Français souhaitent m aintenant accélérer l’exploration conjointe des opportunités en marchés tiers, notamment sur des grands projets dans des secteurs traditionnels comme le nucléaire civil et l’aéronautique. Vous connaissez bien l’Afrique où vous avez longtemps travaillé. A votre avis, comment s’y articulera la coopération sino-française dans le cadre des NRS et sur quels grands projets pourrions-nous travailler ensemble ?

R : En fait, cela fait déjà longtemps que l’on discute de coopération sino-française en Afrique. Nos deux dirigeants suivent le sujet de très près. Des projets ont déjà été réalisés et un certain nombre d’intentions ont été listées. En Afrique comme ailleurs, ces coopérations ont déjà produit des résultats et leur potentiel est colossal. Tout d'abord, parce que la France y est implantée de longue date et y possède des racines historiques et culturelles. Et aussi parce que la Chine s'y est rapidement développée au cours de ces dernières années et y a accumulé beaucoup de succès et d’expériences. En matière de conception, d'ingénierie, de gestion de projets de construction, comme en matière de financement de projets, la Chine dispose d’importants atouts. Un exemple frappant est celui de la ligne ferroviaire Mombassa-Nairobi que nous avons construite au Kenya. De la mise en chantier à la réalisation de ces 480 km de voies, deux ans et demi nous ont suffi, ce qui est un exploit inégalable par qui que ce soit au monde. En mobilisant nos atouts respectifs, Chinois et Français peuvent faire beaucoup en Afrique. Bien sûr, le sujet est d’une nouveauté et parce que, parfois notre conception de la coopération ou nos normes de construction diffèrent, il est important de dialoguer, de se coordonner, de se faire l’un à l’autre tout en faisant jouer nos complémentarités. Il faut accepter d’utiliser les solutions les plus adaptées, y compris sur le plan immatériel. La Chine est disposée à réfléchir à tout cela avec la France et à accélérer la mise en œuvre d’une coopération féconde en Afrique.

La France soutient l’initiative des Nouvelles routes de la soie, et même si nos deux pays n’ont pas encore signé de mémorandum d’entente dans ce cadre précis, je pense que l’essentiel est que chacun soit motivé et cherche à aller de l’avant. En dépit de l’absence actuelle de projets sino-français le long des Nouvelles routes de la soie, je pense que pour peu qu’on élargisse un peu le cadre de la coopération, nos deux pays ont déjà identifié des projets en Afrique. Si chacun reste mobilisé, je suis convaincu qu’on verra bientôt les résultats tangibles de nos efforts conjoints le long de ces nouvelles routes.

4. Q : La France a confirmé sa participation en qualité d’invité d’honneur à la 2ème Exposition internationale des importations de Chine qui se tiendra en novembre prochain. Que fera l'Ambassade de Chine en France pour permettre à encore davantage d’entreprises françaises de s’y rendre ? Quel sera l'impact de cet événement sur la coopération économique et commerciale sino-française ?

R : L’organisation de cette grande exposition est un signal clair d’ouverture accrue envoyé par la Chine au monde entier. La France avait déjà activement participé à la première Exposition, notamment par la présence de l'ancien Premier Ministre français, Jean-Pierre Raffarin et du Ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume. Mais l’attention qu’elle porte à cette 2ème édition est encore plus grande et un certain nombre de grandes marques françaises seront au rendez-vous. En qualité d’invité d’honneur, le nombre d’entreprises françaises et leurs surfaces d’exposition seront encore supérieurs à la première édition. Notre Ambassade est en liaison étroite avec les acteurs français intéressés, pour les renseigner et encourager leur participation. Nous les aidons également pour faciliter leurs contacts et leur communication avec l’Administration et les autorités chinoises. Jusque-là, tout se passe dans la fluidité des deux côtés et je suis très optimiste quant aux résultats de la participation française à cette 2ème Exposition.

5. Q : Vous avez été Ambassadeur au Sénégal et au Canada. Vous avez aussi travaillé en France pendant de nombreuses années et vous avez une riche expérience des pays francophones. Parmi les efforts que déploie la France pour promouvoir la francophonie, y a-t-il des choses dont nous pourrions nous inspirer et quels sont les grands axes de travail récemment déployés en matière d’échanges culturels sino-français ?

R : En matière de diffusion culturelle, la France possède des atouts uniques. Je crois que le meilleur moyen de promouvoir une culture, c’est de promouvoir sa langue, car la langue est le vecteur de la culture. La France a ouvert des instituts français dans le monde entier, dont certains ont donné naissance à des Alliances françaises qui sont des vitrines importantes de diffusion de la culture française. Il existe aussi l’Organisation internationale de la Francophonie, créée à l’initiative de la France, qui se réunit périodiquement, dont le contenu s’enrichit et s’avère de plus en plus substantiel, et qui accueille même maintenant des pays d’Afrique non-francophones. La Chine s’est penchée sur l’expérience française et ces dernières années, à titre d’exemple, les Instituts Confucius se sont bien développés. Je suis d’ailleurs ravi de voir combien les Français les ont bien accueillis chez eux. La Chine et la France sont deux grandes puissances culturelles et deux vielles civilisations qui doivent s’apprécier et s’inspirer mutuellement en matière de langue et de culture. Lors de la visite d’Etat en France du Président Xi Jinping, le cadeau officiel que lui a remis le Président Macron était l’original de la première édition française d’une exégèse des Analectes de Confucius, publiée en France en 1688. On voit par-là que, dès le XVIIème siècle, la France connaissait un peu la Chine, notamment grâce à quelques érudits qui se sont intéressés à des œuvres chinoises qu’ils ont traduites et expliquées. A cette époque en Europe, c’était l’Orient qui s’inspirait de l’Occident. A l’époque moderne, la tendance s’est inversée. Et aujourd’hui, les inspirations sont croisées. En matière de culture, on peut parler de différences, mais jamais de hiérarchie. Sans différences, il ne pourrait y avoir d’inspirations croisées. C’est pourquoi l’avenir de notre coopération culturelle est si prometteur. J’ai toujours pensé que les échanges humains étaient une idée brillante pour développer les relations entre la Chine et de nombreux pays occidentaux. La coopération dans ce domaine étant peu exposée aux colorations et aux facteurs politiques, elle est plus simple à développer. Tout le monde aime la culture. Hormis ceux qui ont des préjugés politiques ou les idéologues extrémistes, tout le monde est attiré par la culture de l’autre, surtout par des grandes cultures comme celles de la Chine et de la France.

En 2021, nos deux pays organiseront l’Année du tourisme culturel, avec des centaines d'événements culturels qui je l’espère, renforceront fortement la compréhension mutuelle entre nos deux peuples. À l'heure actuelle, la France est notre première destination touristique en Europe, avec 2,3 millions de Chinois recensés l’année dernière. Et pourtant, de mon point de vue, c’est encore insuffisant. En effet, sur les 168 millions de Chinois qui se sont rendus à l’étranger, ceux qui sont venus en France n’étaient qu’une proportion infime. La France possède d’importantes ressources touristiques et j’espère que, grâce nos efforts conjoints, deux fois plus de touristes chinois se rendront en France.

6. Q : Quelles sont vos attentes vis-à-vis des Chinois d'outre-mer en France en matière de lutte contre l'indépendantisme, de soutien à l’unité chinoise, de participation à la vie politique locale, de défense de leurs droits, de discours sur la Chine et de promotion des relations sino-françaises pour la nouvelle ère ?

Q : Les Chinois d'outre-mer sont une force importante dans la promotion des relations d’amitié et de coopération entre nos deux peuples. Beaucoup vivent en France depuis longtemps et sont intégrés. Ils connaissent bien la politique, l’économie, la société et la culture françaises et peuvent donc jouer un rôle important et à part dans le développement de nos relations bilatérales. C’est donc très important de pouvoir les mobiliser là où il faut.

Pour ce qui est de protéger l’unité chinoise contre les indépendantistes, les Chinois d'outre-mer devraient soutenir l'unité nationale et lutter contre toutes sortes de forces séparatistes. Parce que le même sang coule dans nos veines, l’unité de la Chine est une tendance historique inéluctable. On dit souvent, qu’il ne faut pas nager contre le courant. On n’arrête pas le cours de l’histoire. En France, nos compatriotes et leurs organisations font un excellent travail et l’Ambassade les soutient activement.

Je me dis aussi que les Chinois d'outre-mer pourraient occuper un espace plus vaste en France. Ils ont leurs activités et leurs affaires prospèrent. Peut-être pourraient-ils s’impliquer davantage dans la vie économique, sociale mais aussi politique française, y être plus actifs et y jouer un plus grand rôle, tant pour le bien du pays où ils se sont installés, que pour le bien des relations sino-françaises. La France est un grand pays et nos compatriotes y vivent depuis longtemps. S’ils consentaient à ce type d’effort, ce serait profitable pour eux, pour la France et pour la relation sino-française.

Je sais aussi que la communauté compte beaucoup d’associations originaires de toutes les régions de Chine. J’espère qu’elles sauront s’unir pour créer une communauté harmonieuse et défendre leurs droits. On m’a dit que des compatriotes, touristes ou résidents chinois, étaient parfois victimes de dénis de droit et de problèmes d’ordre public comme des vols ou des agressions. J'espère que la communauté saura s'unir, défendre ses droits et, si nécessaire, se faire entendre pour attirer l'attention de la société française. L’Ambassade maintiendra avec ses compatriotes en France des contacts étroits et se tient à leur disposition, notamment pour tout question d’ordre consulaire ou sur tous les aspects concernant la vie des Chinois à l’étranger. Nous devons renforcer notre développement autour du concept de la ligne des masses et de l’importance centrale du peuple. Tout travail doit viser l’amélioration du bien-être du peuple. Ainsi, à l’étranger la communauté chinoise est la première que nous devons servir. Je souhaite que la communauté et les médias de langue chinoise multiplient les interactions avec nous.

7. Q : A l’heure actuelle, le monde entier suit de près l’évolution de la situation à Hong Kong. La presse française a fait beaucoup de reportages sur le sujet. Que pensez-vous de la situation là-bas ?

R : Sur ce point, le gouvernement central a émis un jugement très clair. Les soi-disant manifestations qui ont eu lieu à Hong Kong ont dégénéré en une forme de chaos et d’émeute. Le but véritable de ces soi-disant manifestants n’est plus de contester le projet de loi d’extradition, mais, soutenus, organisés et manipulés par des forces étrangères, de détruire la stabilité et la paix sociales de Hong Kong, de contester la Constitution de la République populaire de Chine et la Loi fondamentale de la Région autonome spéciale, de saper la souveraineté nationale et, in fine, de séparer Hong Kong de la Chine. Voilà quelle est la vraie nature du problème.

Après mon arrivée en France, j’ai suivi avec attention les reportages des médias français et je les ai trouvés très biaisés. D’abord parce qu’en dépit des faits, ils s’obstinaient à présenter les manifestations comme pacifiques, en faveur la démocratie et de la liberté. Ils condamnaient la violence de la police de Hong Kong dans ses missions de maintien de l’ordre.

Or, chacun a pu voir, dans les reportages chinois, que les manifestations n’avaient rien de pacifique. La presse française a parlé de violences policières sur place, mais je n’ai pas vu un seul cas de soi-disant opposants victime de ces violences. Je me souviens surtout de deux reportages. Dans le premier, on voyait une manifestante blessée à l’œil. Mais après vérification, il s’avère qu’en réalité, sa blessure a été infligée par un autre opposant. Le second reportage était une vidéo tirée du site du journal Le Monde. Elle montrait un policier maitrisant un manifestant au sol en lui appuyant dessus avec sa jambe. Le soi-disant manifestant avait le visage en sang et gémissait de douleur. Mais les images de cette vidéo étaient très stables et ne ressemblaient pas du tout à des images volées dans le feu de l’action. Mais c’est précisément la jambe en question qui m’a mis la puce à l’oreille puisque, en regardant de plus près, c’était celle d’un homme en jeans et en baskets !

Sans pouvoir affirmer avec certitude que cette vidéo était un fake, les astuces des révolutions de couleurs sont toutes les mêmes. La scène du manifestant blessé aux yeux, on l’a vue aussi dans la révolution de couleurs ukrainienne. Celle du policier maîtrisant le manifestant, on l’a également vue en Syrie dans la scène du « casque blanc ». On voit donc bien que la couverture des médias français et occidentaux est biaisée. Ils n’ont pas parlé du saccage du Parlement par les manifestants, ni du policier qui s’est fait arracher le doit par un manifestant qui l’a mordu, de l’occupation de l’aéroport, ni des touristes du continent qui ont été brutalisés. Que ce soit à cause de leur partialité systématique ou bien parce qu’ils servent des buts inavouables, ces reportages ont perdu toute l’objectivité et l’impartialité qu’on est en droit d’attendre des médias.

Notre Ambassade a déjà exprimé sa position dans les médias français. Nous considérons qu’il s’agit d’une affaire intérieure chinoise qui ne tolère aucune ingérence extérieure. N’importe qui se disant démocrate doit savoir que réviser ses lois est un droit législatif fondamental pour n’importe quel gouvernement. S’il y a des désaccords, ils doivent se régler par voie de vote après les débats parlementaires, mais en aucun cas dans la rue et par la violence. Il me semble que cela devrait être une évidence pour tous. Mais curieusement, ce point n’a pas interpelé les médias.

En bref, la position du gouvernement chinois est très ferme. Nous ne permettrons pas à des émeutiers de pousser Hong Kong chaque jour davantage vers l’abîme et le chaos. Les forces étrangères qui soutiennent les émeutiers commettent une erreur politique et, sur le plan moral, leur attitude est condamnable.

8. Q : Lorsque vous étiez Ambassadeur au Canada, vous vous êtes souvent illustré en vous dressant contre des positions ou des gestes erronés de la part des Canadiens. Maintenant que vous êtes en France, comment allez-vous renforcer notre capacité à nous faire entendre à l’international ?

R : J'espère ne pas avoir à me battre contre la France. Le mieux est que nous travaillions ensemble. Quel mal y a-t-il à bien s’entendre ? Je le disais tout à l’heure, il y a quantité de domaines où nous pouvons coopérer. Nous avons beaucoup d’intérêts en commun et il est inutile d’aller sacrifier nos bonnes relations pour l’intérêt des autres.

Les intérêts communs entre nos deux pays sont immenses. Certes, nous sommes différents, comme le sont nos idéologies et nos régimes politiques. Mais la question qui se pose est : pouvons-nous changer l’autre ? Si c’est impossible, voulons-nous que ces différences sapent le climat de notre coopération ? Agir ainsi serait porter atteinte aux intérêts des deux parties. La France est tout à fait capable de peser le pour et le contre. Quant aux médias et à ceux qui poussent des cris d’orfraie, ce ne sont pas eux qui sont aux affaires. « C’est toujours celui qui gère la boutique qui connaît le prix des choses ».

Chaque pays a ses problèmes. Mais la Chine ne s’est jamais immiscée dans les affaires intérieures de la France et nous pensons que c’est à la France seule de régler ses problèmes. C’est pourquoi nous souhaitons que la France ne se mêle pas de nos affaires intérieures, et surtout pas de celles qui touchent à nos intérêts fondamentaux et à la souveraineté nationale. Cela me semble inutile. La Chine ne s’ingèrera jamais dans les affaires intérieures d’un pays à cause d’un autre, pas plus qu’elle ne changera sa position vis-à-vis de ses intérêts fondamentaux. Cela ne peut se produire. Ce type d’ingérence ne peut conduire qu’à la ruine des relations bilatérales, et ce n’est bon pour personne. C’est pourquoi je disais tout à l’heure que j’espérais ne pas voir surgir ce type de querelle en France. Je suis quelqu’un de profondément pacifique. Mon vœux le plus cher est de travailler en paix avec la France, et chaque jour mieux que le précédent. Mais s’il devait survenir quoi que ce soit portant atteinte à nos intérêts fondamentaux, alors, je serais bien obligé de me battre.

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